[Critique] « L’affaire Rachel Singer » (2010)

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(Source : https://youtu.be/tr_Q6kBZpVQ)

Ce film est une version américaine d’un film israélien sorti la même année, « The debt ». On doit à son réalisateur, John Madden,des films peu connus (notament historiques) comme « Proof » ou « Capitaine Corelli ».

Le film en question traite d’une traque. En 1965, trois jeunes agents du Mossad – Rachel Singer, David Peretz et Stephan Gold ont pour mission d’exfiltrer d’Allemagne le « chirurgien de Birkenau » vers Israël pour qu’il soit jugé, un peu à la manière d’Adolf Eichmann en 1960. Sa tentative d’évasion se solde par sa mort dans les rues de Berlin-Est.Pourtant, les jeunes agents sont accueillis en héros de retour au pays. 30 ans plus tard, Rachel est toujours célébrée dans son pays pour son action, tandis que sa fille publie un livre sur cette fameuse mission. Mais les liens et les sentiments qui sont nés au sein du trio pendant cette mission ont bien changé. L’existence d’un vieil homme en Ukraine qui prétend être le véritable « chirurgien de Birkenau » fait surgir le risque que la compromission des agents et qu’un secret vieux de 30 ans ne soient éventés. Rachel reprend alors le chemin de l’Europe de l’Est. Hier jeune femme exerçant l’une de ses premières missions qui l’a marquée, elle va devoir aujourd’hui affronter ses démons et s’acquitter de la dette qu’elle a contracté il y a des années.

Dans les deux histoires parallèles présentées – l’ancienne et l’actuelle, le réalisateur se sert d’une opération d’espionnage qui est loin d’être banale pour focaliser le spectateur plus sur les relations que la mission en elle-même, avec des sentiments exacerbés par la promiscuité entre les protagonistes. Tout au long du film, ce sont les relations humaines qui prévalent et ce, à plusieurs niveaux. Toutes sont pourtant centrées sur Rachel Singer. Pendant l’opération de 1965, des relations naissent rapidement entre les trois agents : de l’amitié d’abord, puis de l’amour et de la jalousie,Rachel étant le sujet ou le centre de ces sentiments. A l’opposé, ils construisent un sentiment de haine pour l’homme qu’on leur a décrit comme le diable et qu’on leur a donné pour mission – voire de devoir national – de capturer. Qui pourrait se douter, pourtant, que ce vieil homme qui vit paisiblement en Allemagne a été le responsable de la mort de milliers d’hommes,femmes et enfants dans ce même pays il y a moins de 20 ans? Une fois l’homme capturé, ces relations changent : l’ancien nazi utilise tous les stratagèmes pour diviser l’équipe et monter les uns contre les autres – notamment Rachel,la plus fragile. Lequel de ces deux visages est le vrai? Comment expliquer ce qu’Hannah Arendt a appelé la « banalité du mal »?

A l’époque qui se déroule 30 ans après les faits, ces ressentiments ressurgissent : les trois personnes revoient leurs chemins se croiser et, du même coup, des sentiments réapparaître, notamment celui de la culpabilité pour avoir travesti la réalité. Ils doivent mettre leur passé de côté pour pouvoir mener à bien leur mission.

C’est cet aspect émotif et relationnel qui donne toute sa force au film plus que ses scènes d’action, et la caméra, proche des protagonistes, ne fait qu’accentuer l’impression de claustrophobie et d’exacerbation des sentiments éprouvée par les protagonistes.

Si les acteurs sont marquants dans leurs rôles, on retiendra surtout celui de Jessica Chastain (qui s’illustrera quelques années plus tard dans « Zéro dark Thirty ») dans un personnage très émotif, et celui de Jesper Christensen dans le rôle de Vogel, l’ancien nazi qui joue avec ses bourreaux.

Voilà un thriller qui sort du lot, d’abord par l’originalité de son histoire et surtout par l’ambiance qu’il transmet.

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