5 mars 2017 1 Commentaire

[Critique] « Logan » (2017)

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Dans un futur proche, Logan, épuisé de fatigue, s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé secret à la frontière Mexicaine. Mais ses tentatives pour se retrancher du monde et rompre avec son passé vont s’épuiser lorsqu’une jeune mutante traquée par de sombres individus va se retrouver soudainement face à lui.

Le réalisateur, James Mangold, a réalisé Kate et Léopold (l’un des premiers films de Hugh Jackman), mais s’est surtout fait remarquer par le biopic de Johnny Cash, Walk the line (2005). Il est ensuite passé ensuite au film d’action avec Night and day (2010), avant de s’intéresser au western en 2007 avec 3h10 pour Yuma. C’est avec le second film de la trilogie Wolverine, Le combat de l’immortel, qu’il connaîtra une renommée plus importante en 2013. Une telle filmographie démontre en un sens une certaine influence du western (il a été notamment marqué par le film Impitoyable avec Clint Eastwood), ce qui transparaît dans ce film qui est à rapprocher du genre du « Western crépusculaire », où l’on voit des personnages plus réalistes, plus humains, plus violents, généralement vieillissant ou sur le déclin, et qui décident de reprendre du service le temps d’un dernier coup d’éclat, d’un ultime baroud d’honneur jusqu’au sacrifice. En réalité, toutes les caractéristiques de cette filmographie semblent ici fusionner en un seul film, en ce sens que Logan, dans un futur proche, se fait vieux et s’occupe d’un Professeur X souffrant, dans un lieu gardé à la frontière mexicaine dans le désert. Mais lui qui a toujours voulu se retrancher du monde et de couper avec son passé va les voir ressurgir lorsqu’une jeune mutante, traquée, va croiser son chemin. Avec ce scénario inspiré (librement) du comics Old man Logan, on a au final un road movie aux allures de western (par le décor mais aussi un personnage), tinté de scènes d’actions.

Cet aspect road movie constitue à la fois un véritable pari pour un film de super-héros et la première force de ce film. Si on fait parfois référence pour en parler à la trilogie « Dark knight » de Christopher Nolan par son côté très réaliste (intégrer les super-héros dans un monde comme le nôtre), la comparaison s’arrête là, car c’est un film assez unique en son genre. Comme dans un road movie, les héros vont se retrouver confrontés à des obstacles qui mettront leurs personnalités à rude épreuve. Le magnifique jeu des acteurs nous fait découvrir un Logan vieilli, affaibli, à la fois nostalgique d’une force physique dont il se voit aujourd’hui presque dépossédé, et un Dr Xavier à bout de forces, presque sénile et souvent incapable de contrôler ses pouvoirs. Ce jeu laisse d’autant moins de place à l’erreur que les plans sont souvent serrés sur les personnages. En centrant le film sur ces deux personnages et surtout Logan, le réalisateur nous fait découvrir un Logan de plus en plus affaibli par le poids du passé, les pertes de ses amis et toujours tourmenté par son combat intérieur entre le bestial et l’humain, un combat qui transparait à l’extérieur par son hésitation à continuer son chemin sans se soucier des autres ou aides les gens qu’il rencontre. On en viendrait parfois à se demander si le film que l’on regarde est bien un film de super-héros, tant l’aspect humain prédomine.  Il n’empêche que c’est ce combat intérieur et le poids de son passé qui vont ressurgir lorsqu’il croise la route de la mutante.

Au niveau de la réalisation, de tels choix sous-entendent de réaliser un film avec moins de décors que d’autres et ainsi d’exiger des acteurs un jeu plus présent, afin de combler le vide. Le défi est relevé avec brio : Hugh Jackman et Patrick Stewart sont criants de vérité en personnes sur le déclin, affaiblies par le poids des années.

En centrant l’histoire autour de ces deux personnages, le réalisateur fait un deuxième choix, celui de mettre en exergue la relation qu’ils entretiennent : un Dr Xavier qui bien qu’aimant cet homme, l’a toujours trouvé comme le plus mauvais de ses élèves, et un Wolverine trainant ce mentor, ce père, comme un boulet qu’il admire pourtant et refuse de laisser tomber. La relation entre Wolverine et la jeune mutante, moins importante, met quant à elle une nouvelle fois l’homme aux griffes face à son propre passé et ses démons, mais cette fois-ci non pas en tuant des personnes mais en le mettant comme devant un miroir : lui qui a réussi à supplanter son côté animal par son côté humain et qui est tourmenté par ses victimes se retrouve presque en face d’un Wolverine jeune, à la fois fort, sauvage et destructeur.

Cependant, gérer un film selon ce type de schéma sous-entend de gérer parfaitement le rythme, pour ne pas laisser le spectateur dans l’ennui. De manière globale, si le rythme est plutôt très bien géré (malgré le faible nombre de scènes d’actions au regard du type de film), à certaines périodes le film perd un peu de rythme.

Le deuxième écueil du film réside dans les « méchants », qui sont totalement dénués de personnalités, ce qui marque moins le spectateur : ils seraient facilement interchangeables et on oublie assez vite leurs noms. Mais cela est peut-être un parti pris, pour braquer les projecteurs sur les 3 personnages principaux.

Toute cette histoire est portée par une bande originale lyrique, très forte, collant parfaitement à l’ambiance des scènes, et surtout par une photographie sublime, tant par le cadrage que les couleurs. On a rarement vu cela dans un film de super-héros.

On a donc au final un film de super-héros un peu OVNI, à l’histoire simple mais très fort et qui clôt de manière magistrale cette trilogie. Ce film est sans aucun doute l’un des meilleurs films de super-héros de ces dernières décennies, proche de la perfection.

Une réponse à “[Critique] « Logan » (2017)”

  1. Flan 5 mars 2017 à 19 h 50 min #

    Analyse très intéressante. Disons surtout qu’il diffère des autres films de super-héros en cela qu’il est moins blockbuster et plus intimiste.

    Je te trouve un peu dur quand tu dis que le professeur Xavier le considère comme le plus mauvais de ses élèves. Il serait plus, selon moi, difficile à gérer et je pense que c’est pourquoi le professeur Xavier s’est autant intéressé à lui. Quand il a dit que Logan était le plus mauvais élève, je pense qu’il y avait confusion parce qu’il est moitié sénile dans le film. De même, le terme « boulet » pour le professeur Xavier est excessif. Le rôle père-fils est néanmoins bien traité.
    Enfin, il est utile d’ajouter que le film, par son originalité, risque de décevoir ceux qui ne connaissent pas tant que ça l’univers et qui sont habitués aux blockbusters de super-héros. En revanche, il pourra gagner un public plus difficile et qui ne regarde pas habituellement des films de super-héros.


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