19 août 2017 0 Commentaire

[Retrospectiv'] Christopher Nolan

Né en 1970 à Londres, Christopher Nolan se passionne dès l’âge de 7 ans pour les films : il emprunte alors à son père sa caméra super 8 pour tourner des films avec des figurines. Après deux courts-métrages au milieu des années 90, Larceny et Doodlebug, il sort en 1998 son premier court-métrage. Ses films se démarquent par des sujets très variés d’une œuvre à l’autre. Mais il a un penchant pour la science-fiction. Malgré leur aspect au prime abord hétéroclite, on peut constater des récurrences montrant l’intérêt du cinéaste pour le temps, la réalité et la fiction, un héros en repentance et la relation familiale.

 1. Le temps

 a) Des films aux structures non linéaires

Nolan affectionne particulièrement les films narrés de manière déconstruite, cassant le schéma classique (situation initiale/élément perturbateur/situation finale). Cette habitude pour des scénarios non-linéaires a été particulièrement influencée par le roman de Graham Swift nommé Waterland. Une construction qui l’a amené à se questionner sur la perception du film par le public : en procédant ainsi « on cache au public les informations qui ne sont accessibles au personnage et on l’aide ainsi à rentrer dans sa tête », considère-t-il.

Following et Le prestige sont ainsi découpés en 3 parties commençant par la fin de l’histoire, avec des sauts de timelines à l’autre. A chaque saut d’une partie à l’autre le spectateur comprend qu’il a été manipulé et qu’il doit remettre son jugement en question. Following ne comporte cependant, contrairement au Prestige, que peu d’informations temporelles pour comprendre le récit : on ne remet en place toutes les pièces du puzzle qu’à la fin. Cela est notament possible grâce à des indices, car Bill commence avec la barbe qu’il coupe à un moment donné avant d’avoir le visage abîmé par une blessure. On distingue ainsi dans Following 4 temporalités:

-celle de base, où Bill rencontre Cobb. Il a alors encore sa barbe, ce qui ne sera pas le cas dans les autres

-celle où il passe du temps avec la blonde. Il est habillé en costume

-celle où il est amoché et il va dévaliser une banque

-celle où il témoigne face au flicIl a alors encore sa barbe, ce qui ne sera pas le cas dans les autres

-celle où il passe du temps avec la blonde. Il est habillé en costume

-celle où il est amoché et il va dévaliser une banque

-celle où il témoigne face au flic

Dans Batman begins, plusieurs récits se superposent, faisant appel à des flashs-backs (l’origin story, la lutte du super-héros contre l’épouvantail et le crime, le plan de Ras al-Ghul) tandis que dans The dark knight 4 ou 5 scénarios se chevauchent. Inception est très différent, présentant un récit principal, encadré par un récit secondaire au début et à la fin. Dans ce récit se trouve les intégrations, constituant des rêves imbriqués les uns dans les autres.

Mais le film le plus complexe à ce niveau est sans doute Memento. Deux histoires sont décrites en parallèle:

-le passé, en noir et blanc, linéaire, à savoir l’épisode du meurtre de sa femme, que l’on revoit en en découvrant un peu plus au fur et à mesure du film

-le présent, en couleurs. Il est articulé en sens chronologique inversé autour de l’enquête de Léonard. A mesure que l’histoire recule, les séquences qui correspondent aux pertes de mémoire du héros, sont elles de plus en plus réduites.

Le seul film du réalisateur à conserver une structure linéaire classique est Insomnia. Il faut dire que ce film est un remake et que Nolan précise que « j’essayais de raconter l’histoire du point de vue de quelqu’un qui vit une expérience extrêmement linéaire, à savoir une accumulation de journées sans dormir. ».

b) Le temps, élément important chez Nolan

Le temps est omniprésent chez le réalisateur ; il est un élément à prendre en compte constament par les protagonistes. Pour le montrer, il présente des montres dans des insers, qu’il affectionne tout particulièrement.

Dans Interstellar, en donnant une montre à sa fille avant de partir pour son long voyage dans l’espace, Hooper lui explique ainsi que le temps va évoluer de manière différente pour les deux, en vertu de la théorie de la relativité : « Le temps va changer pour moi, dit-il, il va s’écouler plus lentement. (…) D’ici à ce que je rentre, peut-être qu’on aura le même âge  ». Ainsi, 1 heure passée sur la planète de Miller équivaut à 7 années terrestres. Mais surtout, le temps change d’enjeu pour un film. Il ne reste pas au stade chronologique des évènements mais devient une véritable ressource : une ressource au sens propre du terme au même titre que l’oxygène et la nourriture pour les explorateurs, tandis qu’une course contre la montre s’engage sur terre pour résoudre l’équation du problème sur Terre. Le professeur qui est à l’origine de la mission estime ainsi « Je n’ai pas peur de la mort, ce dont j’ai peur c’est du temps  ».

Les deux montres de Hooper et de sa fille (Interstellar)

Les deux montres de Hooper et de sa fille (Interstellar)

Dans Memento, Léonard dispose encore, après le choc qu’il a reçu, de sa mémoire à long terme, mais n’a plus en revanche de mémoire immédiate, qui est effacée régulièrement.

Le temps (Memento)

Le temps (Memento)

Dans Insomnia, si les heures défilent normalement en revanche ce n’est pas le cas des journées. En choississant comme lieu l’Alaska, Nolan montre un récit où la nuit ne tombe jamais.

Dormer cache le réveil pour ne plus être torturé par sa vue (Insomnia)

Dormer cache le réveil pour ne plus être torturé par sa vue (Insomnia)

Le réveil volé par Bill (Following)

Le réveil volé par Bill (Following)

2. Réalité et fiction

Nolan s’intéresse à la manière dont les gens vont percevoir la réalité et comment elle peut être déformée. Il dupe le spectateur lui-même, grâce aux insers (des plans qui se focalisent sur un objet particulier). On trouvait déja ce thème dès le premier court-métrage du réalisateur, Doodlebug, un homme essayait de tuer un insecte. La fin mettait en effet en perspective les échelles, l’homme devenant non seulement chasseur de l’insecte mais lui-même chassé par un autre lui beaucoup plus gros, donnant une représentation de la même scène à l’infini.

Le personnage principal, victime de lui-même (Doodlebug)

Le personnage principal, victime de lui-même (Doodlebug)

Dans Memento, cette réalité est celle perçue par l’enquêteur, déformée par ses pertes de mémoire régulières. On la voit à la fois par des photos dont il se sert pour reconnaître les personnes qu’il rencontre, ainsi que par ses pensées utilisées pour la narration du film, ce qui amène le spectateur à adopter sa vision des évènements. Or si cette réalité évolue comme dans toute enquête, elle change d’autant plus que le scénario n’est pas (contrairement aux enquêtes) linéaire et que le discours des témoins évolue pour mieux manipuler cet amnésique. Ainsi Nathalie en profite pour se débarrasser de son ancien copain, Teddy, prétextant que c’est lui qui l’a frappé alors que c’est Léonard. Teddy, lui, indique tantôt à Léonard que les renseignements qu’il reçoit au téléphone sont faux, tantôt que Léonard, malade, a inventé toute cette histoire. L’amnésique, pour se rassurer, s’attache donc aux faits : « Les souvenirs sont maléables, ils ne font pas le poids face à la réalité  », explique-t-il. En réalité, on découvre que Léonard avait choisi d’oublier volontairement ce que Teddy lui a appris sur sa responsabilité dans le meurtre de sa femme et a modifié les faits pour conserver un but dans la vie : « Tu ne veux pas entendre la vérité, tu te fabriques ta propre vérité  », lui avait-il dit.

Le prestige est quant à lui une déclaration d’amour à l’art ancien d’amener la fiction dans la réalité : la magie. L’introduction explique en effet qu’un tour de magie se déroule en 3 actes:

-Le pacte (où le magicien montre l’objet, en le présentant comme normal)

-L’effet (où le magicien prend la chose ordinaire, et lui fait faire quelquechose d’extra-ordinaire en la faisant disparaître)

-Le prestige (où le magicien fait réapparaître la chose, pour que le public soit mystifié).

Le film brouille les pistes par sa narration : en faisant lire à Borden le journal d’Engir et inversement, le réalisateur ne nous donne qu’une vision tronquée des évènements, une vision qui d’ailleurs n’est pas forcément la vérité.

Dans Batman begins, Bruce a appris de son mentor Raz al-Ghul que « le théâtre et l’art de la supercherie forment un redoutable facteur  ». Il va dès lors prendre cet enseignement à la lettre, usant de son costume (qui rappelle la chauve-souris), de la rapidité de son mouvement et d’explosifs pour semer la peur chez ses adversaires, ne leur laissant le temps de comprendre ce qu’il se passe. Le personnage de Batman est donc un personnage de fiction dans le film lui-même : Bruce distingue ainsi son personnage réel (Bruce Wayne) du personnage fictif (Batman). Là où son père a échoué dans la réalité car ne comprenant pas les criminels, Bruce espère parvenir grâce à la fiction. Cependant s’il peut franchir les limites du système en faisant appel à ce personnage, son majordome Alfred lui rappelle que l’homme dessous le masque a lui des limites, physiques. Cependant, en jouant le rôle d’un Bruce Wayne adorant le faste, Bruce inverse les rôles : Bruce Wayne devient le personnage de fiction, et Batman le personnage réel. S’il n’apparaît tel qu’il est que devant ses amis, dont Rachel, cette dernière considère que « ce sont nos actes qui font de nous qui nous sommes ». Cela le pose devant un dilemme : l’homme que veut revoir Rachel a disparu dans l’esprit de Bruce. En répétant ce qu’elle lui avait dit plus tôt, il fait comprendre à son amie d’enfance non seulement qui est vraiment Batman, mais surtout qui il est devenu. Rachel, de son côté, montre à Bruce que Bruce a plus besoin de Batman que quiconque, et que la fiction de Bruce est devenue la réalité. Dans le dernier opus, la réalité elle est troublée par les déclarations de Bayne, l’adversaire de Batman. Il maintient les habitants en haleine dans l’espoir d’une résolution, tout en exposant une partie de la vérité à propos du faux espoir basé sur les mensonges de Dent.

Dans Inception, le réalisateur dupe le spectateur et les personnages sur leur perception de la réalité : on ne sait pas si le personnage est dans la réalité ou dans un rêve. Le film va présenter en effet en parallèle 2 échelles de rêves :

1) La mission utilise 4 niveaux de rêves pour mieux faire intégrer l’idée au père Fisher de ne pas donner l’héritage à son fils :

-on a d’abord la réalité, dans un avion long-courrier

-le premier rêve se trouve dans l’esprit de Fisher-fils, qui est représenté comme un hôpital où Fisher va amener son père, où l’équipe va s’intéresser à la relation de Fisher avec son père (le fils suit les traces de son père). Elle simule la torture de son oncle Peter, et le faux Peter prétexte que le coffre contient un objet destiné au fils pour pouvoir en obtenir la combinaison

-le second niveau est dans un autre esprit, représenté par un van. L’équipe y alimente l’idée (le fils créé quelquechose à sa façon pour lui). Elle va donc réparer la relation père-fils tout en révélant la vraie nature de son oncle.

-le troisième niveau est dans un autre cerveau, représenté par un immeuble d’entreprise et un hôtel. L’équipe y retourne Fisher contre son propre subconscient.

-le 4ème niveau est celui du rêve d’Hims, représenté par une forteresse en pleine montagne, attaquée par toute l’équipe

-mais le 4è niveau n’est pas le dernier, puisque l’équipe doit en utiliser un 5ème pour gagner du temps. Il se déroule dans le rêve de Cobb

2) En parallèle, tout au long de la mission, Cobb, qui pense toujours à sa femme, va la voir régulièrement. Après être restée plusieurs années dans le rêve qu’elle avait créé avec Cobb, Mel, qui a voulu oublier, a en effet enfoui tellement profondément ce qui la retenait à la réalité que les lymbes sont devenues sa réalité.

Dans Insomnia, contrairement à la majorité des films policiers, Nolan ne montre jamais la scène de meurtre, cachant dès lors l’une des 3 vérités d’une enquête policière (la vérité, la version de l’enquêteur et la version du coupable). Il ne donne donc jamais la vérité, juste celle de l’inspecteur Dormer. Du fait de la perpétuelle journée, le policier n’arrive pas à dormir, ce qui trouble considérablement sa vision des choses. A cela s’ajoutent les remords du policier, qui ment sur la bavure qu’il a commise en tuant par erreur son coéquipier dans le brouillard. Dans un état de fatigue perpétuelle qui s’accumule, Dormer commence à avoir des visions (il croit voir Hap lors de la battue menée pour chercher des indices sur son meurtrier) et est manipulé par Walter Finch, qui lui préconise de ne pas le tuer pour ne pas agraver son cas vis-à-vis de ses supérieurs.

Cette différence entre réalité est fiction est à l’origine même de la mission dans Interstellar : celle-ci est effectuée sur la base de théories scientifiques telles le trou de ver ous la relativité du temps. La dualité réalité-théorie est personnifiée par le couple Brand-Hooper : si Brand est une scientifique, Hooper lui reste dans le concret. Brand s’en aperçoit lorsqu’ils doivent abandonner le corps de Doyle pour pouvoir fuir de la première planète : « Je connaissais la théorie, mais la réalité est autre chose. », dit-elle. Le film explore également cet aspect par la matérialisation de la courbure de l’espace-temps, où Hooper peut voir la chambre de sa fille à plusieurs instants donnés. Le film suggère l’action de puissances supérieures, « eux », une civilisation du futur assez évoluée pour distordre les 4 dimensions.

3. Le héros nolanien

Les héros de Nolan sont semblables d’un film à l’autre bien qu’évoluant dans des univers très différents. On peut en dresser un véritable portrait-type : des personnes seules, blessés par un évènement grave qui les amènent à se rechercher. Ils ont souvent un adversaire.

a) Un héros solitaire…

Le héros nolanien est avant tout solitaire. C’est notament le cas de Batman dans la trilogie. Orphelin depuis le meurtre de ses parents, ses seuls amis seront les seules personnes présents à son (faux) enterrement : le commissaire Gordon, son majordome Alfred, le commissaire James Gordon, Robin John Blake et l’ingénieur Lucius Fox. Il avait compris que choisir la voie du justicier implique à la fois de ne pas avoir beaucoup d’amis et de mettre ceux-ci potentiellement en danger. Il faut bien sûr y ajouter son amie d’enfance Rachel, décédée entretemps. Mais des amis ne remplacent pas des parents : Bruce va donc rechercher des pères de substitution, à savoir son majordome Alfred (pour son éthique et son comportement) et à Raz-al-Ghul (qui lui a enseigné les techniques de combat et de la duperie). Le visage de son amie Rachel lui donne tout au long de la trilogie, tel un miroir, la vie qu’il aurait pu avoir s’il n’avait pas choisi cette voie. Dans Insomnia, l’inspecteur Dormer, qui a l’habitude de travailler seul, voit cette solitude renforcée par deux éléments. Il s’agit tout d’abord du cadre, celui du paysage quasi inhabité de l’Alaska : « C’est le désert total. J’ai pas vu une maison depuis au moins 20 minutes », commente son partenaire Eckart à son arrivée en avion. Mais son isolement est surtout le fait de ses insomnies : comme le dit son adversaire, « il n’y rien de plus solitaire qu’une personne la nuit ».

Dans Following, Bill vit « retiré », il se sent seul et s’ennuie. Son isolement est renforcé par son métier, celui d’écrivain. Pour trouver l’inspiration, il suit des personnes au hasard pour « voir leur vie ». Il se fixe comme règle de ne suivre les personnes qu’aléatoirement, et ne pas suivre une même personne une seconde fois s’il découvrait où elle habitait. Dans Memento, Léonard n’a aucune attache, qu’elle soit familiale ou amicale. Sa perte de mémoire régulière et son objectif l’isolent : même s’il croise le chemin de personnes, il ne sait ni s’il les a déja vues, ni s’il peut leur faire confiance, malgré sa méthode de photographies. Par ailleurs, il ne s’attache à aucune femme. Enfin, dans Interstellar, la solitude pour les personnages provient de leur mission : s’aventurer dans l’espace pendant des années. Une sensation qui est d’ailleurs renforcée par le choix du réalisateur de ne pas émettre de son dans l’espace (ce qui correspond à la réalité).

L'immensité de la 1ère planète (Interstellar)

L’immensité de la 1ère planète (Interstellar)

b) meurtri…

Le héros nolanien a toujours subi un traumatisme. Dans Le prestige, ce traumatisme est la mort de la femme d’Engir provoquée par une faute de Borden, mort survenue durant un tour de magie. En  réalité, tous deux ont perdu quelque chose lorsqu’un de leurs numéros ont mal tourné : la femme qu’il aime, Julia, pour Angier, et deux doigts pour Borden. Le réalisateur montre qu’on ne peut atteindre l’excellence que par le sacrifice. Ainsi Angier doit tous les jours tuer ses doubles qu’il a créé pour réussir à faire son tour d’ « homme transporté » sans éveiller les soupçons et conserver le mystère. Mais ce sacrifice est loin d’être aussi important que celui de Borden : il accepte de voir son frère perdre ses deux doigts pour conserver l’illusion du « double », ce qui en fait le meilleur magicien.

Toute l’origine de Batman réside dans un épisode traumatisant de l’enfance de Bruce Wayne : le meurtre, sous ses yeux, de ses parents. Bruce va rester tourmenté par un regret : celui d’avoir été à l’origine du meurtre de ses parents, puisque le meurtrier a croisé leur chemin après que Bruce leur ait demandé de sortir de l’opéra par peur des chauves-souris. Depuis, il cherche sa place dans ce monde. « Vous vous êtes gravement égaré », lui dit Raz al-Gul lors de leur première rencontre dans la prison chinoise. Il a également appris de son mentor que pour manipuler la peur des ennemis afin de mieux les combattre, il doit commencer par maîtriser la sienne : les chauves-souris, une peur enfantine née de sa chute dans le puits près du château familial. Pour Bruce, maîtriser sa peur veut donc dire maîtriser tout ce qui va avec, à savoir sa culpabilité.

Dans Inception, la femme de Cobb, Mel, bien que morte, est présente dans tous ses rêves ; lui essaie de l’oublier mais ne peut pas. Il se sent en effet coupable d’avoir été à l’origine de sa mort, en lui ayant inséré l’idée que son monde n’était pas réel et qu’elle ne pouvait en sortir qu’en se suicidant, ce qu’elle a fait dans le monde réel car elle croyaient être encore dans un rêve. En outre, il ne peut revenir à la maison voir ses enfants car il est coupable aux yeux de la justice américaine. Cobb préfère donc se réfugier dans ses rêves plutôt que de faire face à la réalité, des rêves d’où il a du mal à sortir. Il ne sait pas s’il veut rester dans le rêve et retrouver une femme qu’il sait déjà morte, ou en sortir en subissant la réalité. Il se décide à s’engager dans une mission pour revenir à la maison et ainsi voir ses enfants, ce qu’il ne peut faire dans ses rêves.

Dans Following, Bill s’est attiré des ennuis en suivant certaines personnes : il a voulu aider une femme en volant le mari de cette dernière, sans savoir qu’il est manipulé par Cobb et la blonde.

Dans Memento, Léonard ne vit que pour venger le meurtre de sa femme, perpétré devant lui. Mais en réalité, il a déjà réalisé cette vengeance même s’il l’a oublié : « Il faut que je croie que mes actes ont encore un sens. Je dois croire que lorsque je ferme les yeux, le monde est toujours là », se dit-il. « Comment faire mon deuil si je ne sens pas le temps qui s’écoule ? » demande-t-il à Nathalie. Rongé par la culpabilité, il pense qu’alors qu’il était enquêteur pour les assurances, son état est une punition pour ne pas avoir cru Samy, un hommes qui présentait alors des symptômes similaires.

Dans Insomnia, l’enquêteur Dormer subissait une double pression. Comme la nuit ne tombe jamais, il reste plusieurs jours sans dormir, ce qui altère son jugement. Il dort d’autant plus mal après avoir tué son coéquipier. Son fugitif lui dit ainsi au téléphone qu’il ne raccrochera pas car « tu as besoin de compagnie. Rien ne rend plus solitaire qu’une insomnie ». En outre, il a été envoyé sur cette affaire par son chef pour être voir sa crédibilité détruite dans un contexte où le commissariat est passé au peigne fin. Dormer a peur qu’en tombant, il fasse sortir de prison toutes les personnes qu’il y a mises. De fait, il enquête en voulant respecter la procédure pour éviter que la police des polices ne trouve le moindre couac sur cette affaire. Or, en tirant sur ce qu’il pensait être le fugitif, Dormer a tué son coéquipier Hap, commettant ainsi l’unique bavure qu’attendait de lui son chef en l’envoyant ici, un meurtre sur lequel il va mentir pour éviter de faire sortir des criminels de prison, jusqu’à promettre à la femme de son coéquipier de le venger en tuant son assassin. Il regrette surtout son action sur l’une de ses anciennes enquêtes, où il a vu le violeur et meurtrier d’un petit garçon être relâché par manque de preuves alors qu’il savait qu’il était coupable. Il a donc décidé de placer du sang comme preuves dans son appartement ; or lorsque la police des polices a enquêté, Dobbs a porté le chapeau.

Dormer après le meurtre (Insomnia)

Dormer après le meurtre (Insomnia)

La déception personnelle est sans doute le thème principal d’Interstellar. Hooper est un ancien pilote de chasse et un ancien astronaute. Ingénieur, il doit se contenter aujourd’hui d’être cultivateur, car cette profession n’a plus grande utilité dans son monde, un monde plein de technologies mais en manque de nourriture avec 6 milliards d’êtres humains, un monde dont ces nouvelles priorités rendent l’histoire technologique caduque. Il revit souvent la nuit le crash de son avion, le faisant réveiller, et il reste nostalgique de son passé. Bien que fermier, il n’arrive pas à nourrir sa famille du fait du climat (tempêtes de sable). Bien qu’aimant ses enfants, il n’arrive pas à être proche de sa fille ou les comprendre, car il n’a pas l’affection maternelle. Le seul lien qu’il ait avec elle est la curiosité scientifique et leur goût commun pour l’aventure. Bien qu’il paie ses impôts, il n’a pas le pouvoir pour faire entrer son fils à l’université. Il regrette le monde où la technologie était présente, notamment car cela aurait soigné le cancer de sa femme qui serait encore en vie.

La venue de phénomènes étranges avec la tempête de sable, qui indiquent des coordonnés, donne à Hooper un nouvel espoir : sa curiosité scientifique le force à aller voir ce que les coordonnées indiquent, et il va découvrir le dernier centre secret de la NASA. Le nom ne semble pas d’ailleurs avoir été choisi au hasard (« Hope » signifiant « espoir »). Comme la culture actuelle des céréales, intense, est destinée dans quelques années à disparaître par appauvrissement, les scientifiques cherchent une nouvelle terre habitable, et pour leur dernière mission de recherche ils font appel à Hooper.

Hooper est cependant partagé entre son envie de partir pour accomplir son devoir d’ancien pilote et vivre cette aventure, et de l’autre, remplir son devoir de père en restant auprès de sa fille. Pour lui qui a fait des études qui a dû se résigner à devenir fermier, accepter cette mission revient à « exister » et à accepter le destin : « ils m’ont choisi », dit-il. Il comprend surtout qu’en acceptant cette mission au lieu de rester, il peut infléchir le cours du destin pour donner une chance à ses enfants, sans attendre désormais que « la pluie se fasse désirer ». Sa fille, elle aussi, se sent coupable, mais d’être à l’origine de son départ. Elle refuse son départ : elle jette le cadeau qu’il lui a fait (la montre), regrettant qu’il n’ait « aucune idée de quand il reviendra ». Il part donc, même si cela lui crève le cœur, car il part en étant incapable d’expliquer à sa fille de 10 ans que « le monde est fichu » et en étant fâché avec elle. Il aurait sans doute voulu que sa fille l’empêche de partir, car il regarde si elle n’est pas cachée sous la couverture dans sa voiture, comme elle l’avait fait lorsqu’il était parti voir les personnes de la NASA auparavant. Son fils, lui accepte son nouveau rôle d’homme de la ferme, et leurs adieux sont des adieux d’hommes, sans émotions apparentes. Hooper le voit d’ailleurs d’emblée comme un adulte : non seulement il lui confie la gestion de la ferme, mais il accepte qu’il conduise sa voiture. Lorsque Murphy apprend du professeur que la mission était d’emblée destinée uniquement à de la colonisation et non à de la recherche, condamnant de facto les humains sur terre, elle se demande si son père était au courant, s’il l’a « laissé tomber ».

Lorsque Hooper, dans le vide de l’espace, atteint un lieu ou espace et temps se confondent et où il peut voir la chambre de sa fille, il se rend compte combien il regrette d’être parti en abandonnant sa fille qu’il ne pourra à priori ne plus revoir, et parmi les scènes qu’il a vécu et qu’il peut voir, il assiste impuissant à son propre départ.

Hooper dans l'espace-temps relié à sa bibliothèque (Interstellar)

Hooper dans l’espace-temps relié à sa bibliothèque (Interstellar)

c) … en quête d’identité

Ce traumatisme initial est souvent à l’origine du manque d’identité des personnages, si bien qu’il la recherchent. Nolan fait par exemple enlever à Leonard, Will ou Angir tout repère : ils séjournent dans des hôtels dénués de personnalités, n’ont aucune maison. Mais surtout, le héros recherche constamment cette identité.

Aucun des protagonistes de Following n’a de nom, et seuls Bill et Cobb ont un prénom. Bill s’intéresse aux personnes en les suivants car pour lui elles se détachent de la foule : « cette personne ne fait plus partie d’un ensemble, elle devient un individu, un visage ». Il n’a donc aucune personnalité à tel point qu’il s’intéresse trop à celle des autres. Autre exemple de ce manque de personnalité, il se rase et se coupe les cheveux, sur la simple suggestion de Cobb après qu’ils aient recroisé le chemin de la propriétaire du premier appartement cambriolé. Cobb, lui, entre par effraction chez les gens pour l’adrénaline, mais surtout pour s’intéresser aux gens en observant leurs biens : « chaque objet est une clé qui ouvre leur mémoire« , dit-il. Il ne veut pas rester discret bien au contraire, car il considère que comme pour un journal intime, « il suffit que tu leur enlèves pour leur montrer ce qu’ils avaient ». Pour lui, le but est « d’entrer par effraction, chambouler une vie, voir se qui se cache derrière ». Il n’a pas de chez lui : il squatte tous les endroits qu’il peut. L’aspect noir et blanc participe de ce manque de personnalité, car elles enlèvent tout signe de couleur distinctif.

Bill regardant une photo du propriétaire (The following)

Bill regardant une photo du propriétaire (The following)

Dans Le prestige on distingue deux identités : celle de la vraie vie et celle de la scène. En effet chaque magicien porte un nom de scène : Angier se fait nommer le « Grand Danton ». Par allieurs les personnes aussi ne sont pas vraiment uniques : Angier utilise ainsi une doublure dans un tour « Le nouvel homme transporté ». Borden en profite, lui suggérant que sa doublure a sur le magicien un « pouvoir absolu ». Lorsqu’il réapparaît sur scène à la place de la doublure d’Angier, il le singe. Pour son tour utilisant la machine de Tesla, il est obligé de tuer le double qu’il a créé. Borden est toujours en représentation, à tel point que cela irrite Sarah : « Tu n’es plus en spectacle », lui dit-elle.

Dans Inception, Cobb travaille pour retrouver son foyer. Son travail consiste justement à modifier une partie de l’identité des gens. Chaque rêve, chaque inception, est réalisée chez quelqu’un de précis, dont la tête d’une seule personne. Lorsqu’une personne en modifie l’architecture, le subconscient le sent et se protège.

Dans Insomnia, Dormer est censé officiellement rechercher le meurtrier de son coéquipier Hap, alors qu’il sait que c’est lui son meurtrier. Pour brouiller les pistes, il simule un combat avec un ours mort qu’il avait trouvé, suggérant que l’arme a été utilisée par un homme pour se défendre contre cet animal. Par allieurs, il se sert du manque de confiance de l’inexpérimentée Ellie Burr pour lui demander de bien relire son rapport sur le meurtre avant de l’envoyer à ses supérieurs, dans le but de retarder le plus possible l’aval que lui doit donner à ce rapport. Pour Finch, le meurtre les rapproche lui et Dormer, étant donné que ce dernier a tué son coéquipier : « Les flics du coin n’ont jamais regardé un tueur dans les yeux. Tuer, ca change un homme, tu le sais bien. Pas le fait d’être coupable (…) c’est un e sorte de prise de conscience. La vie est si importante, comment peut-elle être fragile à ce point là? Toi, tu l’as compris tout de suite, pas vrai? ». Mais Dormer estime qu’ils sont très différents, Finch étant le même genre de type qu’il poursuit depuis 30 ans : « Tu présentes autant de mystère pour moi qu’une chasse d’eau qui fuit pour un plombier« . Plus tard, il lui dira « Je t’interdis de parler de nous, espèce de débile mental! ».

Dans Memento, l’identité réside dans la mémoire. Le choc à la tête causé au moment du meurtre de sa femme l’a fait perdre tout mémoire immédiate depuis cette date et toute notion du temps : s’il connaît l’heure qu’il est, il ne se situe jamais en termes de dates. Il ne se présente quasiment que sous son seul prénom, ce qui accentue son côté passe-partout. Il a donc un background très pauvre : tout ce qui le définit remonte au passé, que se soit son ancien métier, sa voiture ou ses vêtements (qu’il a volé au meurtrier de sa femme), sa motivation (venger sa femme alors qu’il l’a déja fait) : « Ca c’était avant. Tu ne sais pas qui tu es maintenant, qui tu es devenu depuis l’incident (…), tu ne sais même pas depuis quand tu fais ça. », lui dit Teddy. Rien autour de lui ne lui donne un semblant d’identité : il se réveille tous les jours dans une nouvelle chambre d’hôtel totalement vide ou chez Nathalie, sans objet particulier, a une voiture banale qu’il a pris à un homme qu’il a tué. Il y a même un bible, sans doute l’un des objets les plus communs. Les personnes qu’il rencontre en profitent en voulant le faire balader, lui donnant des infos sur le meurtrier de sa femme alors que Léonard s’est déja vengé. Pour compenser ses lacunes, il prend des photos avec un polaroid des personnes qu’il croise, note leur nom et quelques ressentis comme « Ne crois pas ce qu’il dit » ou « Tu peux lui faire confiance ». Tout cela rend le spectateur dans une position inconfortable, ne sachant pas quoi croire.

Le corps de Léonard (Memento)

Le corps de Léonard (Memento)

Hooper, dans Interstellar, est le seul personnage nolanien avec une famille et un passé. S’il suit un héros en particulier, celui-ci mène sa mission pour le bien de l’Humanité, une mission pour laquelle « on ne doit pas penser en tant qu’individu, mais en tant qu’espèce ». Bien qu’attaché à son travail et à sa terre, Hooper accepte ainsi de partir en mission car il constate tous les jours le climat qui se dégrade, quitte à quitter cette terre. « L’Homme est né sur terre, rien ne l’oblige à y mourir », dit-il. Mais dans la 4ème dimension, il va comprendre que s’il croyait avoir été choisi pour cette mission, en réalité c’est sa fille qui a été choisie pour décoder le message destiné à la Terre. La nouvelle terre qu’ils cherchent n’est pas une terre de remplacement : il savent qu’ils « n’en trouveront pas une autre comme celle-là » et que la nouvelle terre ne sera que temporaire.

Mais l’œuvre de Nolan à explorer le plus la question de l’identité est sans doute la trilogie The dark knight. Puisque son père a échoué en usant de sa fortune pour combattre la criminalité, Bruce Wayne va choisir un autre moyen : « Je suis persuadé qu’il faut donner aux gens des exemples forts pour faire bouger les gens, mais je ne suis que Bruce Wayne, je ne peux en donner. Un homme est fait de chair, on peut l’ignorer ou l’abattre, alors qu’en tant que symbole, il peut être incorruptible, il peut devenir éternel. », dit-il. La trilogie va donc explorer l’opposition entre le personnage public du jour – Bruce Wayne – et le personnage secret de la nuit, le symbole – Batman. Il expliquera plus tard que ce choix avait un autre atout : « Batman aurait pu être n’importe qui ».La trilogie évolue cependant dans son étude de l’identité. Ainsi le premier film présente deux débats :

- ce que Bruce veut être : un héros, qui fait passer les autres avant lui, ou un justicier, qui se se sert de ses capacités pour son profit personnel. « Si vous en faites une affaire personnelle, lui dit son majordome, vous n’êtes qu’un justicier. »

- comment Bruce peut-il gérer ses deux identités. Ainsi, lorsqu’il délaisse ses invités pour sauver Rachel, son majordome le rappelle à l’ordre, irrité de voir comment il dilapide la réputation de la famille en passant pour un playboy : « Bruce Wayne les a invité. Vous avez une réputation à conserver (…) ce n’est pas que la vôtre, c’est celle de votre père aussi. C’est tout ce qu’il reste de lui, ne la détruisez pas. ». Pour Rachel, c’est Bruce qui ne peut désormais se passer de Batman, et pas l’inverse. En public, il apparait donc comme un playboy, jettant de l’argent par les fenêtres et c’est seulement devant ses amis qu’il est lui-même, notamment Rachel : « Tout ca, ce n’est pas du tout moi. A l’intérieur je suis mieux« . Rachel lui répond : « Ce n’est pas ce qu’on a au fond de nous, ce sont nos actes qui font de nous ce que l’on est. »

Wayne et le masque (Batman begins)

Wayne et le masque (Batman begins)

Dans le deuxième film de la trilogie, Nolan pose la question : « Qu’est-ce-qu’un symbole? ». Plus précisément, comment un message est-il reçu ? a savoir les relations entre Batman et le monde qui l’entoure. Ainsi le joker explique dans son face-à-face avec Batman que Batman a tout autant éliminé la pègre que créé ce personnage qui n’a de clown que l’apparence. Certains (les faux Batman) ont une vision déformée de son message : si lui voulait rappeler l’importance de la justice, certains ont pensé qu’il appelait à prendre les armes pour reprendre la ville. On se souvient que Bruce avait voulu faire devenir de Batman un symbole, car il serait intouchable. Pour faire tomber Batman, le Joker menace des otages pour que batman tombe le masque et vienne se livrer. Batman est devenu un symbole, à tel point que des gens portent le même déguisement et s’arment pour aider batman : « Je me déguise comme lui car c’est un symbole, pour ne pas avoir peur d’ordures [comme le joker]« . Mais le symbole est critiqué : Harvey Dent regrette que personne n’ai bougé et que ce soit Batman qui ait fait évolué les choses. Le film associe une opposition (Batman/le Joker) et une comparaison entre le « chevalier noir » (Batman) et le « chevalier blanc » (Harvey Dent). Batman sort de sa croisade solitaire : il observe Dent, et comme beaucoup, croit qu’il va pouvoir ranger les costumes, Dent ayant coffré les hommes de la pègre. Il agit dans ce film plus à visage découvert, en tant que Bruce Wayne, que comme Batman, épaulant Dent et agissant même à visage découvert avec sa Lamborghini que comme Batman. Le maire veut jouer le tout pour le tout : afin de pouvoir enfermer tous les parrains de la pègre, il a proposé que Dent devienne le « chevalier blanc », mais cela veut dire que Dent soit clean à 100% car il est devenu un symbole. C’est pourquoi le joker s’en prend aux deux symboles de la ville. A Batman il ordonne de se livrer à visage découvert, sous peine de tuer des otages, si bien que tout le monde considère qu’il est à l’origine de cette folie meurtrière dans Gotham. Wayne accepte de livrer Batman, mais Dent décide d’en endosser le rôle. Pour s’en prendre à Dent, le Joker l’enlève et met Batman au défi de sauver à la fois le symbole Harvey Dent – et la femme qu’il aime – Rachel. Il réussit son opération : en sauvant le symbole qu’est Dent plutôt que Rachel, Batman a sacrifié l’aimée de Dent et n’a pu l’empêcher d’être à moitié défiguré, ce qui l’amènera sur le chemin de Double face, un homme défiguré qui se vengera en jouant à pile ou face la vie de ses victimes. Harvey est depuis longtemps « double-face » : c’est le surnom qu’on lui a donné aux affaires internes, car il est connu pour être capable d’utiliser la violence si c’est nécessaire pour faire respecter la justice. Ici Nolan explore la part sombre qu’il y a en chacun de nous : Dent a jusqu’ici choisi de ne pas écouter cette partie. C’est lorsqu’il prend conscience que Rachel est en danger qu’il se met à utiliser sa pièce pour obtenir des réponses, si besoin en utilisant une arme. C’est seulement après la mort de Rachel et son visage à demi-défiguré qu’il laisse sa part d’ombre prendre le pas : la pièce, auparavant normale, est devenue claire/sombre, tout comme son visage. Il est donc libéré de la vertu imposée par sa pièce. C’est pour cette raison que Batman et le commissaire Gordon décident de cacher à Gotham la partie « noire » du personnage qu’est Dent, et de faire porter le chapeau à Batman. En choisissant d’endosser la responsabilité des meurtres et de fuir, Batman préfère que le public ignore la vérité afin de la pousser à agir au mieux. On fait de Dent un exemple car le public préférera un « chevalier blanc », œuvrant en plein jour et de manière transparente, qu’un « chevalier noir », oeuvrant sous couvert d’un masque avec des méthodes parfois répréhensibles.

Dans The dark knight rises, Batman sort d’où il restait, et passe de l’obscurité à la lumière en sortant de son puit pour rejoindre Gotham, symbole d’une renaissance. Contrairement à The Dark knight, il comprend qu’il faut parfois combattre en plein jour et non dans l’obscurité. Il devient donc le chevalier blanc de Gotham, laissant le noir aux ennemis (Bayne mourra dans un bâtiment, et Talia sur le pont).

d) L’opposition entre deux protagonistes

Dans Le prestige, ce n’est pas un combat qui oppose les magiciens Borden et Angier, mais une rivalité. Ils ont commencé à travailler ensemble. Angier est fasciné par le talent de Borden, et veut découvrir ses secrets. Pour cela, il s’intéresse au travail de Tesla. Borden, lui, s’intéressait lui aussi de son vivant au travail d’Angier. Le réalisateur met en parallèle cette opposition avec celle de Nicolas Tesla et Thomas Edisson. Angier, pour se venger, veut voler le meilleur tour de son adversaire. Mais cette opposition a tourné à l’obsession à partir du moment où la femme d’Angier est morte accidentellement par la faute de Borden.

Dans Insomnia, Will doit faire face à Finch. La difficulté pour lui, dans cette lutte, est que Finch sait à la fois pour ses insomnies et le meurtre de son coéquipier, et qu’il peut donc le faire chanter.

Dormer et Finch. Les tuyaux rapellent des barreaux de prison (Insomnia)

Dormer et Finch. Les tuyaux rapellent des barreaux de prison (Insomnia)

Nolan fait affronter à Batman plusieurs de ses adversaires. Dans The dark knight, il s’agit d’Albert Ducan, alias Ras-al-Ghul. Il dirige la Ligue des ombres, ligue que Bruce Wayne a fui après avoir compris qu’il vise les mêmes objectifs mais ne veut pas utiliser de tels moyens jusqu’au-boutistes. La ligue veut en effet détruire Gotham, symbole de l’oppression des riches sur les pauvres, pour reconstruire une ville plus « saine ». Il préfère le chaos à l’ordre, le rendant totalement imprévisible. Il ne combat pour aucune cause, il est juste un destructeur nihiliste. Le Joker a ceci de redoutable que si Batman « a des principes, le Joker n’en a aucun » et que Nolan donne plusieurs explications sur les cicatrices qui lui font un large sourire : son père, lui-même, etc, si bien que l’on ne sait connaît pas les origines de cet homme.

Le duel joker-batman (The dark knight)

Le duel joker-batman (The dark knight)

Dans The dark knight rises, l’adversaire, en soi, est moins redoutable que le Joker. Ce que Bayne a de redoutable n’est pas tant sa force – tant supérieure qu’elle soit à celle de Batman – que sa détermination : Batman a trouvé un adversaire qui lui est supérieur, car il a reçu la même éducation mais lui n’a « pas apprivoisé la peur, il est né dedans », et qui veut poursuivre l’oeuvre de la figure paternelle qu’a été Duncan. Le combat entre Bayne et et Batman correspond à celui de deux frères, puisqu’ils ont tous les deux été entraînés par Ras al Ghul. Bayne considère que Bruce a trahi la Ligue (la famille) et que lui, en tant que légitime héritier, est en droit d’accomplir le destin de son père adoptif. Il lui fait endurer ce qu’il a enduré : la prison à ciel ouvert.

Bayne brisant l'échine de Batman (The Dark knight rises)

Bayne brisant l’échine de Batman (The Dark knight rises)

En réalité, chaque opus a son adversaire caché : dans The dark knight rises, l’enfant de Ras-al-Ghul qui s’est échappé n’est pas Bayne, mais Miranda. Sa force réside dans sa conviction : Batman a désormais trouvé un(e) adversaire dotée d’une conviction aussi forte que lui. Elle qui est la véritable héritière de Raz-al-Ghul veut atteindre le même but que Bruce : « honorer son père en parachevant son oeuvre ». Mais si Thalia et Bayne veulent détruire Gotham pour respecter la volonté de leur père, en réalité cela cloche : Batman et Dent ont réussi à nettoyer la ville. Dans Batman Begins, il s’agit de Ras-al-Ghul, qui est resté apparu pendant longtemps comme non pas l’adversaire mais le mentor de Batman.

Dans Insomnia, Will Dormer poursuit Finch, un meurtrier loin de l’ordinaire car il réussit à le manipuler grâce à son insomnie et sa culpabilité.

e) L’accomplissement personnel

Les héros de Nolan sont des héros freudiens, qui tâchent de réparer leur péché originel en le sublimant et qui après leurs épreuves, vont pouvoir s’accomplir personnellement. Léonard, dans Memento, se rappelle ainsi du meurtre de sa femme et comprend ce qu’il s’est passé même si cela lui est difficile. Dans Interstellar, en suivant les conseils de sa fille et en rejoignant Brand dans son campement, Hooper choisi de n’être plus seul et de fonder une colonie. Dans Le prestige, Borden parvient à se venger d’Angier qui lui a tout pris en lui faisant son plus grand tour : grâce à son frère jumeau, il assassine Angier pendant que tout le monde pense qu’il est en train d’être pendu pour le meurtre de celui-ci.

En affrontant Bayne, Batman réussit à affronter ses dernières peurs : le puits dans lequel Bayne enferme Batman rappelle celui dans lequel il était tombé près du manoir de ses parents, et lorsqu’il réussit à en sortir l’image est celle d’une renaissance, qui lui permet de défaire son ennemi.

Le puits (The Dark night rises)

Le puits (The Dark night rises)

Le puits (Batman Begins)

Le puits (Batman Begins)

Bruce Wayne a non seulement réussi à défaire cet ennemi, mais à concilier ses deux identités : il va pouvoir être Bruce Wayne le jour et Batman la nuit, en accomplissant ses actions sans ne plus se poser d’états d’âmes et avoir assez de force pour défaire ses ennemis. Surtout, il a réussi à se reconstituer une famille. A la fin de la trilogie, Alfred voit en effet l’un de ses souhaits s’éxaucer : alors qu’il boit un verre à la terrasse d’un café italien où il venait régulièrement, il y croise Bruce Wayne accompagné d’une femme, Selania Kyle.

Will, dans Insomnia, obtient ce qu’il voulait en tuant Finch et en étant tué lui-même par la balle de Finch, le corps mort de ce dernier dans l’eau peu profonde apparaissant comme le reflet de lui-même, avant de sortir de la baraque en s’agenouillant, se positionnant en rédempteur. Il meurt peu après en disant à sa collègue Ellie « laissez-moi dormir » : lui qui ne dormait pas non pas tant par l’omniprésent jour que par culpabilité peut enfin fermer les yeux paisiblement.

Will marche vers la lumière (Insomnia)

Will marche vers la lumière (Insomnia)

La rédemption de Dormer (Insomnia)

La rédemption de Dormer (Insomnia)

Dans Inception, Cobb accepte la mort de sa femme comme une réalité : il sait « qu’elle n’existe pas, alors comment pourrais-je rester avec elle ? », et d’autant plus qu’il ne peut la recréer « dans sa complexité, avec toutes ses perfections et ses imperfections ». Il finit donc par accepter la vérité : « Je dois continuer sans toi », dit-il, ce qui lui permet de revenir dans le monde réel. Il peut s’assurer qu’il est dans le monde réel non pas grâce à la toupie mais parce qu’il n’a plus son alliance, alors que dans ses rêves il la garde toujours car sa femme est en vie, et car il peut enfin voir le visage de ses enfants.

4 – La famille, la relation père-enfant

Will laisse dormir la tenancière (Insomnia)

Will laisse dormir la tenancière (Insomnia)

Le dernier thème cher à Christopher Nolan est la famille, plus précisément la relation entre un père et son enfant. Ainsi la trilogie Batman s’intéresse à comment on essaie de se montrer digne de l’éducation et de l’héritage que l’on a reçu. Bruce va avoir deux figures paternelles : son père, ainsi que Henri Duncan, alias Raz-al-Ghul. De ce dernier il va recevoir comme héritage les techniques de combat et se rebellera contre lui après s’être appercu qu’ils divergent sur la manière d’éradiquer le crime dans Ghotam. De ses parents naturels il va recevoir un héritage double : plus que les biens (le château, la fortune familiale, etc.) c’est surtout les valeurs qui constituent cet héritage. Si son père avait éduqué Bruce en la centrant sur l’héritage foncier, en lui présentant la Tour Wayne, en lui expliquant ce qu’il fait dans l’entreprise et comment sa famille a constitué cet empire, Bruce va après la mort de son père découvrir les souterrains qui se trouvent sous le manoir. D’ailleurs, le choix de montrer la batcave comme à l’origine des souterrains construits par ses ancêtres pour faire passer des esclaves montre que sa famille est vertueuse de génération en génération, et que c’est une tradition à poursuivre pour Bruce. Après le meurtre de ses parents, les figures paternelles qui vont rester à Bruce n’auront de cesse de lui rappeller d’être digne de ses parents.

La vision de ces deux figures paternelles va évoluer durant le film. Si Bruce n’écoute pas Raz-al-Ghul lorsque ce dernier lui déclare qu’il ne doit pas se sentir coupable de la mort de ses parents, en revanche Rachel est la voix de la raison pour lui, tandis que Bruce n’écoutera son majordome qu’une fois convaincu de son attachement à la maison et à l’héritage Wayne. Rachel est terriblement déçue lorsqu’elle voit qu’il avait pour dessein de venger ses parents en tuant leur assassin, lui déclarant « Tes parents auraient eu si honte de toi », ou lorsqu’elle s’aperçoit qu’il dilapide leur argent dans des soirées de débauche. Bruce, même s’il sait qu’il utilise ces soirées pour protéger son anonymat de Batman, prend cela comme un uppercut. A la fin du film, en ayant compris ce qu’il avait fait, elle déclare au contraire que ses parents auraient été fiers de lui. Alfred compète ce tableau paternel, se référant lui soit aux parents de Bruce soit à la tradition familiale ; il se permet de sortir de ses attributions en lui déclarant que jamais ses parents ne se seraient conduits comme cela, et qu’il est de son devoir moral de perpétuer la mémoire de ses parents. Lorsque le manoir est en feu, Bruce comprend qu’il a déçu ses parents plus qu’il ne l’aurait pu : il a perdu non seulement les entreprises Wayne et le manoir, les deux édifices construits par ses parents et ses ancêtres. Mais Alfred, au lieu de lui faire la leçon, lui fait comprendre qu’il a compris que Bruce a été digne du courage de ses parents en combattant le crime : « A quoi servent les chutes? A mieux se relever. (…) Ce ne sont que des pierres, il suffira de reconstruire ». Il va en effet finir par reprendre le dessus, à la fois sur son adversaire en tant que Batman, mais aussi en reprenant les rennes de l’entreprise familiale : « Ton père serait très fier de toi », lui dit à la fin Rachel. Si à la fin de la trilogie, Batman meurt, l’héritage familial se poursuit. Dans son testament, Bruce a en effet voulu léger à Alfred le reste de ses biens, à la ville le manoir. Sa volonté de ne pas le modifier et de le consacrer aux orphelins montre une persistance dans le respect de l’héritage de Bruce. Mais si Alfred est l’héritier de Bruce Wayne, celui de Batman n’est autre que John Blake. Il va justement jeter son insigne de policier, pour devenir Robin. La marque de cet héritage est la scène où il explore la grotte, et doit affronter les chauves-souris de la même manière que l’a fait Bruce auparavant.

Alfred devant les tombes Wayne (The dark knight rises)

Alfred devant les tombes Wayne (The dark knight rises)

Inception étudie la relation du père et du fils à deux niveaux. Il s’agit tout d’abord de Cobb, qui ne peut revoir ses enfants, qu’il a quitté tellement vite qu’il ne revoit jamais leurs visages dans ses rêves, et surtout qu’il ne peut revoir dans la réalité car il est interdit de séjour dans son pays. La relation de Cobb avec ses enfants est très liée à celle qu’il a avec sa femme, qu’il retrouve dans ses rêves. Ce n’est que lorsqu’il revient dans la réalité et laisse sa femme derrière lui qu’il peut rejoindre ses enfants et retrouver son véritable foyer. Mais la relation père-fils est surtout étudiée avec la mission.

Cobb de retour chez lui (Inception)

Cobb de retour chez lui (Inception)

Pour pouvoir insérer l’idée de ne pas donner l’héritage de Maurice Fisher à son fils, Robert, Cobb doit commencer sur la relation entre le père et le fils, un fils qui a souffert de l’absence de son père d’autant plus après la mort de sa mère. Pour cela, avec son équipe, il va insérer l’idée que le père accepte que le fils suive lui-même sa propre voie au lieu de reprendre l’entreprise familiale. Dans le premier niveau, ils imitent donc l’oncle pour lui tirer les vers du nez, ce dernier prétextant que le coffre dont ils veulent la combinaison est quelquechose laissé par le père pour son fils. Dans le dernier niveau, Fisher fait face à son père, mais au moment de faire passer l’idée, il se rend compte combien il s’est trompé : son père est décu non pas de qu’il ne soit pas comme lui, mais qu’il ait voulu suivre les pas de son père au lieu des siens.

Une photo de Maurice Fisher et de son fils (Inception)

Une photo de Maurice Fisher et de son fils (Inception)

Interstellar est sans doute le film où le réalisateur explore le plus ses personnages, en présentant Hooper et les relations qu’il a avec sa famille. C’est un père qui aime sa fille mais qui a une relation compliquée avec elle : il est incapable d’expliquer à cet enfant qui a déja persu sa mère pourquoi il l’abandonne ici sur terre, pour aller aux confins de l’espace, dans un but qui le dépasse lui-même mais surtout pour enfin s’accomplir. Le départ de son père la détruit : si Hooper veut « recoller les morceaux » avant de partir, elle veut qu’il reste, quitte à les casser. Lui comprend désormais ce que sa femme lui a dit : « dès qu’on est parent, on est le fantôme des souvenirs de ses enfants ».

Hooper et sa fille (Interstellar)

Hooper et sa fille (Interstellar)

En donnant une montre à sa fille, il lui montre que le temps va évoluer de manière différente entre eux deux. Mais elle va lui tourner le dos, ne comprenant pas sa décision. Il va rester en contact avec ses enfants (surtout sa fille) via des video enregistrés. Si au début il va pouvoir les voir grandir, Murphy refuse d’emblée de communiquer avec lui de cette façon et en laisse le soin à son frère. Ce n’est qu’une fois adulte que Murphy décidera de reprendre contact, mais sans réponse car son père n’a plus les moyens d’enregistrer ses messages. Lorsqu’il revient de la première planète, Hooper doit regarder 23 années de messages archivés, étant donné le décalage temporel avec la terre. Il suit donc l’évolution de la vie de sa fille, sans pouvoir lui répondre en retour. Cette scène est surtout centrée sur la réception du message par Hooper : la caméra ne montre pas l’écran mais seulement Hooper. Il assiste en simple spectateur à l’évolution de la vie de sa famille : la femme et la fille de son fils, son divorce, le décès de son père, l’éloignement de sa fille, l’acceptation par son fils de la perte de son père (supposé décédé) ou encore sa fille qui reprend contact avec lui pour l’insulter le jour elle a atteint l’âge qu’avait son père à son départ. La vision de ces images est un électrochoc pour lui : c’est la première fois qu’on le voit pleurer. Lorsqu’il se sera perdu dans les méandres de l’espace-temps, il constatera son erreur puisque la seule vision qui s’offre à lui, à perte de vue, n’est rien d’autre que la chambre de Murphy, où il a vu pour la dernière fois sa fille en se fâchant et où celle-ci vient aujourd’hui comme en pélerinage, une vision qu’il subit sans pouvoir communiquer avec sa fille.

Pourtant il va réussir à le faire : elle comprend que les évènements surnaturels du début proviennent en réalité de son père, qui utilisant la gravité comme porteur de message, va essayer de dialoguer avec elle en poussant les livres, communiquant ainsi en morse. Il lui demande de l’empêcher de partir. Même s’il échoue, il tente de lui transmettre le message pour l’Humanité, lorsque sa fille est devenue plus grande, par le biais de la montre, car il sait que sa fille reviendra la prendre. Une fois son message passé, c’est donc un Hooper apaisé qui pourra revenir à la nouvelle Terre voir toute sa progéniture et surtout sa fille.

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