3 décembre 2019 0 Commentaire

[Critique] « Le Mans 66″ (2019)

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Basé sur une histoire vraie, Le Mans 66 suit une équipe d’excentriques ingénieurs américains menés par le visionnaire Carroll Shelby et son pilote britannique Ken Miles, qui sont envoyés par Henry Ford II pour construire à partir de rien une nouvelle automobile qui doit détrôner la Ferrari à la compétition du Mans de 1966.

James Mangold est un réalisateur qui commence à être connu du grand public, et pourtant sa carrière de réalisateur remonte à 24 ans. Dès le début de cette carrière, il s’oriente vers des scénarios mettant en scène l’américain moyen dans la situation la moins avantageuse : ses héros portent souvent sur des dépressifs obèses perdus et isolés, en quête de rédemption. C’est le cas dès sont premier film Heavy en 1995, où Victor, chef cuisinier obèse et introverti, voit sa vie, isolée sur le bord d’une route peu fréquentée, bousculée par l’arrivée de Callie, une ravissante jeune femme dont il tombe fou amoureux. C’est le cas également dans son second film, Copland (1997), où dans les bas-fonds de New York, le shérif Heflin est un dépressif obèse confronté au choix entre la loi du silence de la profession et sa conscience. C’est le cas également de Johnny Cash dans Walk the line (2005). Les héros de Identity (2003) se retrouvent d’ailleurs, eux aussi, isolés car ils veulent pas que les autres se mêlent de leurs affaires. Ses personnages sont souvent en quête d’une autre vie, à l’instar du shérif dans Copland, mais aussi de Susanna Kaysen dans Une vie volée (1999) : cette femme atteinte d’un trouble de la personnalité est internée dans un hôpital psychiatrique, et c’est lorsqu’elle rencontre Lisa qu’elle décide de s’évader, de Logan dans Wolverine : le combat de l’immortel (2013) et dans Logan (2017) où cet homme, qui a tout perdu et dont on a fait une machine à tuer cherche à enlever son pouvoir qui est à la fois un fardeau et à se faire oublier des hommes.

Avec Le Mans 66 (Ford vs. Ferrari), James Mangold se penche sur un film assez différent du reste de sa filmographie : une histoire de courses de voitures, autour de deux protagonistes qui sont certes, eux aussi en quelque sorte en marge de la société.

Ce qui frappe dès les premières secondes de ce film, c’est son côté hyper-immersif. C’est d’abord le son (du moteur) qui se manifeste – mention spéciale dans tout le film au sounddesign particulièrement léché – avant de voir l’image. Or cette image use de beaucoup de caméras, placées à l’intérieur des véhicules et presque partout à l’extérieur, collées à la carrosserie, et surtout de nombreux cuts qui accentuent cette immersion. On n’avait pas vu un côté aussi immersif depuis les courses-poursuites de films comme La mort dans la peau et La mémoire dans la peau. Cette immersion dans l’histoire est également facilitée par le scénario : le film prend le temps de présenter les protagonistes et les enjeux. Il a d’ailleurs la qualité de pouvoir s’adresser aussi bien aux initiés qu’aux néophytes. Ce côté immersif (visuellement et scénaristiquement) force le spectateur à prendre rapidement parti pour les américains.

Mais c’est peut-être cela qui représente le (seul) écueil du film. En présentant cette histoire de success-story à l’américaine, avec un  outsider face à un géant digne d’un combat de David contre Goliath, où le mariage entre un industriel historique américain, un préparateur de course aux pratiques inhabituelles et un pilote de course hors pair, bat (plus ou moins) une écurie prestigieuse italienne qui a eu l’outrecuidance de critiquer Ford, le réalisateur veut surtout montrer de quoi peut être capable l’Amérique lorsqu’elle rassemble ses meilleurs talents. Un discours qui est à l’opposé du film post-apocalyptique qu’était Logan. Pourrait-on y voir un écho à une société américaine divisée face à Donald Trump? Il faut dire que le réalisateur ne semble pas porter son Président dans son cœur. Cet histoire d’outsider peut donc apparaître comme éculée.

En somme Le Mans 66 est un très bon film. S’il n’y avait l’écueil de son histoire certes peu connue en France des néophytes, mais qui au final rejoint un schéma éculé, il serait un chef-d’oeuvre, tant son histoire est fluide et sa caméra parfaite. Il réussit cependant à embarquer le spectateur européen dans une histoire de success-story à l’américaine, alors que de nombreux films américains sont difficilement compréhensible pour les européens du fait de la différence de valeurs. D’ailleurs, le film est distribué en France sous le nom de Le Mans 66 et non pas sous son titre original, Ford vs. Ferrari, sans aucun doute car le cadre est plus identifiable ainsi pour les français.

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